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December 16, 2005 - Christchurch, New Zealand

Archive de la catégorie Web

La couche sociale du Web 2.0 n’est qu’une commodité

Dimanche 20 avril 2008

Encore un excellent post de Scott Karp : Battle Of The Commodity Web Applications: It’s All About People.

Voilà le mot que je cherchais pour exprimer mon idée dans mon précédent billet sur les fonctionnalités sociales : commodity. Dans le sens d’un produit courant, pratique, auquel on ne prête pas forcément attention tellement il semble évident. Scott Karp compare en effet les services de lifestream comme Twitter, Pownce ou la dernière fonctionnalité équivalente de Facebook à des produits de consommations courantes de supermarché ! Pourquoi ? Car il n’y a que très peu de différenciation dans le produit, toute la différenciation se fait sur la marque et le marketing qui va avec.

Dans le cas de ces services Web, il n’y a pas de valeur dans la marque non plus, toute la valeur se trouve dans les personnes présentes sur le réseau social. Si vos amis y sont, alors vous irez. Vous ne connaissez personne sur un réseau ? Peu de chance que vous vous y inscriviez… Ce n’est donc même pas la marque du service qui construit la différenciation, ce sont ses clients. Si on pousse le raisonnement un peu plus loin, on peut conclure que ce sont les communautés qui font et déferont ces services, indépendamment de leurs fonctionnalités (trop facilement copiables) ou de leur marque.

À méditer ;)

Réseau social ou coquille vide ?

Jeudi 3 avril 2008

Longue discussion animée aujourd’hui au sujet des réseaux sociaux. Et cette fois-ci j’en suis convaincu : ce terme est vraiment devenu une coquille vide. C’est creux.

Si on s’en tient à une définition la plus simple possible, on peut dire qu’un réseau social est un ensemble d’invidus connectés entre eux par un quelconque moyen de communication (contact physique, téléphone, Internet, etc.) pour une quelconque raison (famille, entreprise, loisirs, etc.). Qu’en est-il sur le Web ? Cela donne des Facebook, où on nous vend qu’on peut en somme décrire son réseau de connaissances, discuter et échanger avec eux.

So what ? Où est la proposition de valeur ? Ce n’est ni plus ni moins qu’une copie de ce que j’ai dans la vie réelle, que m’apporte de plus Facebook ? La taille du réseau ? C’est devenu tellement grand que cela en perd de l’intérêt, d’autant plus qu’étendre son réseau de connaissance par des contacts “virtuels” (au sens non rencontrés dans la vie réelle) est par expérience un exercice qui reste limité. Alors ok, on peut avoir sa liste d’amis, voir ce qu’ils font, indiquer son statut, leur envoyer des messages, etc.. Mais au service de quoi ?

Je pense que ces fonctionnalités sociales constituent des besoins naturels des internautes. Elles n’ont pas de valeur en soi car elles sont évidentes, ce sont en quelques sortes des fonctions intrinsèque du Web, tel qu’il a été pensé à l’origine. Le Web apporte beaucoup de valeur ajoutée, comme par exemple le fait de pouvoir accéder de manière universelle à un site Web : il semble évident pour tout le monde qu’on puisse lire un site Web identiquement depuis n’importe quel terminal.

Il en de même pour les fonctionnalités sociales : elles font partie de la valeur ajoutée apportée par le Web. Et donc les services Web qui une couche au dessus n’ont que ces fonctionnalités comme valeur ajoutée finissent par paraître “creux”, parcequ’ils n’ont pas de proposition de valeur propre les différenciant d’autres services. C’est un peu comme un constructeur automobile dont la proposition de valeur serait : “roulez sur un réseau autoroutier de qualité”. Parfait, mais c’est aussi vrai pour les autres constructeurs…

Tout cela n’est pas si théorique que cela n’y paraît, car il y a une vraie question de valeur ajoutée. Si on prend l’exemple de LinkedIn, il y a certes de nombreuses fonctionnalités sociales. Mais ces fonctionnalités sont au service d’une proposition de valeur forte, qui est entre autre de valoriser et optimiser son parcours professionnel. Idem pour Flickr : la valeur n’est pas dans les fonctionnalités sociales, mais bien dans la publication et le partage des photos.

Parler donc de réseau social sans présenter une proposition de valeur claire, autre que les simples fonctionnalités sociales courantes, me semble donc creux. Pour revenir à Facebook, je pense que c’est pour cela (et visiblement je ne suis pas le seul) que je n’en comprend pas l’intérêt. Ce n’est qu’une redite de ce qu’est le Web, que ce soit en terme d’architecture que de service, une surcouche inutile à mes yeux.

Peu importe le numéro, mais faites que ce Web avance !

Lundi 3 mars 2008

Profitant d’un week-end au repos chez moi dans le Maine & Loire, j’ai revu Stéphane avec qui j’ai passé un après-midi à refaire le Web ! :)

Au fond on en arrive à la même conclusion : qu’est-ce que le web évolue lentement, c’est désespérant… Stéphane le voit par l’absence d’innovation majeure sur les plateformes de blog depuis quelques années, et pour ma part je me lamente de ne pas voir émerger des plateformes personnelles permettant l’apparition de services Web décentralisés. Nos avis se rejoignent sur un point : les plateformes de blogs (Wordpress, Dotclear, Typepad, etc.) sont les mieux placées pour faire prendre cette orientation au Web.

Le premier pas de Livejournal en lancant Openid fut important, mais ce n’est pas suffisant. Un site personnel, ou une plateforme personnelle, devrait pouvoir héberger l’ensemble de ses données personnelles (musiques, bookmark, CV, bouquins lus, etc…). Aujourd’hui c’est le blog qui fait très souvent office de site personnel. D’où le rôle majeur que peuvent jouer les logiciels de blogs : en accueillant d’autres types de données que des simples billets et en implémentant les microformats associés, des services pourraient s’appuyer sur ces données et méta-informations.

En discutant avec Stéphane on a trouvé un autre exemple d’application qui illustre bien cette problématique de données et de services. Aujourd’hui j’ai mon blog, mais je cherche à publier des photos. Naturellement je veux les héberger sur mon site kiad.org, et je m’oriente vers des logiciels à installer. Le problème, c’est qu’il y a au moins trois types de gestionnaire de galeried photod :

  • les photoblog, pour poster des photos quotidiennement
  • les galeries personnelles pour publier des photos de vacances par exemple
  • les galeries collectives où on peut par exemple assembler les photos d’une soirée ou d’un mariage provenant de personnes différentes.

Aujourd’hui, j’ai ces trois besoins à la fois, et en somme je ne trouverai pas de logiciel répondant aux 3 besoins. L’idéal serait d’héberger les photos sur mon site et, dans le cas des galeries collaboratives par exemple, utiliser un service qui viendrait chercher les photos sur mon site et ceux de mes amis, pour les assembler et faire un album collectif.

On arrive donc à ce qui me semble fondamental : dissocier le service rendu des données sur lesquelles il opère. Cela fait 10 ans que Google a montré la voie en dissociant son service (la recherche) des données (les pages Web). On s’extasie aujourd’hui devant des sites comme LinkedIn ou Facebook, mais leur architecture me semble dépassée. Pour reprendre l’exemple de la recherche, c’est comme si Google avait cherché à héberger le contenu.

Bien sûr, derrière cette architecture centralisée réside le besoin de contrôler les données et les utilisateurs. Mais je pense que c’est un faux problème. À quoi ressemblerait un LinkedIn décentralisé ? À un service qui :

  • scannerait le Web à la recherche de page comportant un microformat pour décrire son CV
  • permettrait de rechercher sur la base de profils construite à partir des données disseminées sur le Web
  • renverrait vers la page Web du profil concerné

Mais quelle valeur ajoutée peut apporter LinkedIn si au final on peut trouver les données ailleurs que chez eux ? On touche ici à la nature contre-intuitive du lien hypertexte. Là encore les moteurs de recherche comme Google ont montré l’exemple depuis longtemps : leur métier consiste tout simplement à renvoyer ailleurs les gens qui viennent sur leur site. Et plus Google renvoient ailleurs ses visiteurs, et plus ces derniers reviennent sur Google ! Des services comme Kelkoo ou Digg répondent à ce même paradigme. De même que devraient la plupart des médias en ligne.

Voilà donc 17 ans que le Web est né, et cela fait 10 ans que Google a montré la voie en dissociant service et données tout en exploitant la force du lien hypertexte. Entre temps de nombreuses normes pour le Web Sémantique se sont mises en place. Alors pourquoi les choses évoluent si lentement depuis ?

Une identité numérique bien réelle

Samedi 16 février 2008

Intéressante question que celle de l’identité numérique. Un atelier sur le sujet était organisé par la Fing, qui semble avoir suscité beaucoup d’interrogations.

On peut voir notre identité numérique de plusieurs manières différentes, notamment :

  • il peut s’agir de la somme de nos activités en ligne
  • on peut considérer que chaque compte d’une application constitue en soit une identité numérique
  • on peut définir une identité comme la somme des comptes d’application qui utilisent le même pseudonyme ou la même adresse e-mail

Je penche pour ma part plus vers cette dernière idée. À mes yeux j’associerai plus la notion d’identité numérique à ce que l’on veut représenter aux yeux des autres, qu’il s’agisse de renforcer un trait de notre identité réelle ou inventer une identité virtuelle. Si on reste sur la définition “somme des comptes partageant une identification commune (e-mail, pseudonyme)”, on est bien dans un souci de cohérence vis-à-vis de l’exterieur. Par ailleurs, cette définition semble plus logique dans le sens où il est rare qu’une seule et même application satisfasse l’ensemble de nos besoins en matière de représentation (j’utilise par exemple kiad.org pour produire du contenu, last.fm pour mes goûts musicaux, linkedin pour mon parcours professionnel, etc.).

On pourrait cependant imaginer une logique plus “individualiste” où une identité numérique serait la somme des comptes servant une même identité, qu’ils aient en commun ou non un pseudonyme ou un e-mail. Du coup, si une personne externe ne peut pas faire le lien entre ces différents comptes/pseudonymes/e-mails, on tourne la notion d’identité numérique vers soi, vers un objectif de représentation personnel et individuel. Ce n’est pas forcément une démarche volontaire cela dit. Réfléchissez-bien, je suis sûr que vous trouverez différents univers numériques auxquels vous participez sous une même identité, mais sans lien permettant à des participants vous connaissant dans un univers de vous découvrir dans un autre.

Question bonus transverse : peut-on imaginer qu’un même compte d’application serve la cause de deux identités différentes ? Ou bien la notion d’identité est trop forte pour être scindée comme ça ? Hum…

Pour terminer, et pour y voir beaucoup plus clair sur le sujet, Dominique Cardon a publié une typologie de l’identité numérique. Plus précisément, l’article décompose sur une carte les différents univers numériques, et dégage quatre conclusions concernant l’impact de la visibilité qu’on donne à notre identité, la perméabilité de nos réseaux selon les identités auxquels ils sont attachés et enfin le lien entre la visibilité qu’on accorde à notre identité sur les réseaux et d’une part la composition de ces réseaux, d’autre part la navigation sur ceux-ci. C’est un excellent travail, vraiment stimulant à lire.

Un exercice intéressant est de se pencher sur cette carte, d’y placer les univers numériques auxquels on participe, et de réfléchir sur la manière dont on y gère notre identité et nos réseaux. Cela dit, la première réflexion à chaud qui m’est venue à la suite de cette article porte sur la gestion de notre identité dans le monde réel, sans tenir compte des moyens de communications récent comme Internet et le Web. Dans quelle mesure gérons nous nos identités (renforcement de certains traits ou identités plus ou moins virtuels) en fonction de nos réseaux personnels (famille, travail, amis, association, etc…) ? C’est vraiment un sujet passionnant :)

Facebook : et le droit à la désinscription ?

Samedi 19 janvier 2008

Cela fait un moment que j’hésite à me désinscrire de Facebook, tant je trouve ce service inutile et tant la question des données personnelles m’est sensible. Et là, suprise : impossible de se désinscrire. Non seulement Facebook se garde le droit de conserver toutes les versions des informations personnelles saisies, mais en plus il n’est pas possible de se désinscrire, seulement “désactiver le compte”. En gros, le compte n’est plus visible par les autres, mais Facebook conserve toutes les données. Sur un service où la problématique des données personnelles est si importante, je suis sidéré qu’on ait pas le droit de désinscrire en étant certain que les données précédemment saisies ont bien été supprimées. Cela me reste vraiment en travers de la gorge, je regrette de m’être inscrit, et si vous ne l’êtes pas encore je vous conseille d’y réfléchir à deux fois.

Pour le reste, je reste sur ma position : je ne vois pas l’utilité de Facebook, et tout ce que Facebook ou les autres réseaux/services permettent de faire techniquement, le Web en lui-même permet de le faire, avec l’avantage que VOUS contrôlez vos données personnelles. Nous sommes amis et vous souhaitez rendre cet info publique ? Eh bien échangeons un lien entre nos blogs. Un ancien ami d’école souhaite me retrouver ? Il a juste à taper mon nom dans Google pour trouver mon blog et me contacter. Je crois qu’on oublie trop que des services comme Facebook ne font que formaliser dans un système d’information propriétaire ce qui existe déjà dans le vie réelle et sur le Web avec des outils personnels comme le blog.

C’est un choix personnel à faire : dans quelle mesure vous souhaitez exposer votre vie sur le Web, et dans quel mesure vous souhaitez contrôler ces informations et l’usage qui en est fait par les tiers (à des fins publicitaires notamment). Pour ma part, le fait de savoir d’avoir donné à Facebook des informations et de n’avoir aucun moyen de dire à cette entreprise “Maintenant vous cessez d’utiliser mes informations personnelles et vous les effacez”, ça me gène vraiment et j’ai l’impression de m’être fait avoir.

Toujours concernant Facebook, un article du Guardian : With friends like these…. Un peu long, à prendre avec des pincettes je pense sur certains points, mais très intéressant pour nourrir la réflexion sur le cas de Facebook.

It’s all about your data !

Samedi 20 octobre 2007

Suite à mon précédent billet, voilà une autre manière de dire les choses. Scott Karp explique pourquoi ce ne sont pas les applications qui comptent, mais bien les données qu’elles véhiculent, en s’appuyant sur la déclaration récente de Jeff Hubert de Google à ce sujet (”The web is the Platform. So let’s go build the programmable Web.“). Plusieurs points intéressants :

  • toute la hype autour des plateformes n’est qu’un écran de fumée, la vraie valeur d’un business comme Facebook réside bien dans les données qu’ils accumulent, pas dans les éventuels bénéfices qu’ils tireraient des applications de la plateforme
  • le Web EST la plateforme. Je pense que ça ne fait pas de mal de le répéter.
    • comme l’explique Scott Karp, arrivera le jour où la concurrence entre applications sera forte aussi sur Facebook, et le Web aura toujours un potentiel de viralité plus important.
    • le Web présente aussi l’avantage de la neutralité, condition indispensable au succès d’une plateforme (lire à ce sujet cette analyse d’Onstartups, même si dans une moindre mesure Facebook est dans le même cas que LinkedIn, car ils se réservent le droit de concurrencer une applications de la plateforme)
  • ce n’est pas tant de disposer de la communauté la plus grande qui importe, mais bien de la connaître au mieux à travers la collecte de données personnelles pour proposer une plus grande valeur ajoutée aux utilisateurs. C’est là que réside la barrière à l’entrée vis-à-vis des applications concurrentes.

Encore une fois, il s’agit de nos données personnelles, et quelque part de notre vie, nos goûts, nos envies, etc… La collecte de données personnelles n’a rien de neuf ni de choquant, mais cela prend désormais une telle ampleur qu’il est dommage que les utilisateurs ne soient pas plus sensibilisés à cette problématique.

Tout n’est affaire que de données personnelles

Dimanche 14 octobre 2007

À plusieurs reprises suite à de précédents billets, on m’a demandé pourquoi je tenais tant à publier mes données personnelles sur ce site. En fait, ce n’est pas une volonté de ma part que de vouloir exposer ma vie numérique sur kiad.org, mais plutôt la solution la plus adaptée à un état de fait.

Il était possible jusqu’à présent de contrôler de manière assez précise les informations que nous laissions à des entités tierces, soit parceque la technologie ne permettait pas d’agréger des informations à notre sujet, soit parceque notre accord était nécessaire de manière explicite. Impossible de construire un profil à partir des articles consultés dans un magazin Fnac par exemple. Il était tout au plus possible de tracer nos achats à l’aide d’une carte de fidélité, ce qui releve tout de même d’un acte volontaire de notre part. Aujourd’hui, non seulement construire un profil à partir des articles consultés sur un site marchand est pratique courante, mais en plus la souscription à une carte de fidélité est devenue implicite et surtout obligatoire à travers la phase d’enregistrement présente sur n’importe quel site marchand. On retrouve une évolution similaire avec les données liées à nos déplacements : les téléphones portables et le cartes de transports comme Navigo permettent de suivre les déplacements de n’importe qui.

Ces exemples montrent bien la perte de contrôle sur nos données personnelles qui s’est opérée au fur et à mesure que la technologie a évolué. Cette perte est d’autant plus inquiétante qu’elle est accompagnée d’une perte de distinction entre données identifiables à une personne bien précise et données non-identifiables. En somme, la collecte de données est plus aisée dans le monde virtuel, et quand bien même nous arriverions à garder un certain anonymat dans cet espace, l’évolution de la technologie et la masse de données toujours plus importantes que nous laissons permet tôt ou tard de reconstruire des profils personnels. C’est bien là le problème : autant nous bénéficions d’un certain contrôle dans la vie réelle, autant chaque action que nous faisons dans le monde virtuel dissémine un nombre important de données auxquelles nous n’avions pas songé auparavant.

On pourrait penser qu’il ne s’agit que d’adresser une publicité toujours plus ciblée par la suite en se basant sur des profils toujours plus précis (et en ce cas, pour peu qu’on y soit sensible, on apprécierait sûrement le fait de ne plus avoir de publicité mal ciblée). Je pense que c’est effectivement un des objectifs, mais il me semble lourd à mettre en oeuvre (il n’y a qu’à voir la pertinence des publicités sur Facebook qui en sait tant sur nous…). Non, peu importe l’objectif, ce qui me gène est que quelque part ma vie numérique soit stockée pour en déduire mes goûts, opinions et envies, et encore plus quand il n’est pas possible d’accéder à ces données.

Nous vivions dans un monde où la loi et la technologie garantissait un minimum d’anonymat et de vie privée, et le risque est trop gros qu’au fil des données ce que nous considérions comme acquis disparaisse. Le sens de mon propos sur la vie numérique allait en ce sens : il ne s’agit pas d’exposer ma vie numérique, mais au contraire de la contrôler. Puisque la dissemination de nos données personnelles est désormais un état de fait contre lequel il est difficile de lutter, alors autant chercher un meilleur équilibre dans le contrôle de ces données. La balance penche aujourd’hui trop du côté des éditeurs de services, mais je reste convaincu que la technologie permet aussi de corriger la balance vers l’utilisateur. Après tout, ce sont nos données.

Dans quelle mesure le Web est-il pertinent dans notre vie sociale ?

Vendredi 24 août 2007

C’est la question que soulève William Davies dans son article The cold, cold heart of Web 2.0 , relayé par Nick Carr, toujours à l’afût d’un regard critique sur le Web 2.

Pour Davies, alors que le Web 1 a vu les efforts portés sur l’efficience de la relation commerciale (vendre des livres par exemple), le Web 2 concentre les efforts sur l’efficience des relations sociales (rencontrer de nouvelles personnes selon nos affinités - musique, etc.). Or les relations sociales n’ont rien d’automatiques : elles sont souvent le fruit du hasard, et la manière dont elles sont établies compte pour beaucoup dans la valeur de la relation finale. C’est là ou réside le danger d’encenser le Web 2 pour ses capacités sociales : on serait tenter de confondre facilité (apportée par l’automatisation du Web) avec efficience.

Au fond, il y a deux débats à mon sens :

  • peux-t-on expliquer les relations sociales avec le même rationnel que les relations économiques (comme le soutenait l’économiste Gary Becker cité dans l’article de Davies) ?
  • le Web (et plus généralement un système informatisé) peut-il supplanter l’homme en terme d’intelligence, au point d’être plus efficient que nous dans la détermination de nos relations sociales par exemple ?

Pour ma part, j’ai tendance à croire au rationnel de nos choix et décisions, sans pour autant croire qu’on puisse aboutir à un système déterminant mieux que nous nos relations sociales. C’est mieux ainsi je pense.

Écrire, bloguer, se mettre en scène

Samedi 9 juin 2007

Récemment j’ai comme beaucoup de monde cédé à la tentation de m’inscrire sur Twitter, le service de micro-blogging. Je n’ai pas du tout accroché personnellement. Pas grand chose d’intéressant (pour vous) à raconter, même si paradoxalement je n’ai jamais été aussi occupé que ces derniers temps. Ce qui me sidère (et me déprime un peu aussi) avec Twitter, c’est que le service nous incite implicitement à pousser à son extrème notre propre mise en scène personnelle. C’était déjà le cas avec les blogs, mais là on atteint des sommets je trouve, du fait de la quasi instantanéité du service.

Sur le moment, j’avais trouvé délirant le lien fait par les médias entre les tentatives de suicide des jeunes adolescentes et les blogs. Mais avec du recul, je me dis que des outils permettant ou incitant à se mettre en scène personnellement, à se créer un écosystème, à exacerber sa propre personnalité voire s’en inventer une, ne sont pas forcément à mettre en toutes les mains (du moins les adolescent(e)s fragiles).

Je vous rassure, ce n’est pas cela qui explique mon silence depuis quelques temps (outre une grosse déception politique, vous l’aurez compris). Je ne nie pas le besoin qu’on peut avoir de se mettre en scène en racontant sa vie. Pour ma part, du fait de son intensité, cela fait longtemps que j’éprouve le besoin de raconter de l’intérieur l’aventure Owlient, avec ses bons et ses mauvais moments, et ses épreuves plus ou moins enrichissantes. Besoin d’écrire en toute liberté mes pensées, mes interrogations et mes certitudes du moment, tant tout cela évolue de jour en jour. Alors récemment je me suis décidé à tout écrire, à tout raconter. Avant-hier on me faisait remarquer que des fondateurs de start-up sont bien souvent comme un couple. Il y a un peu de ça c’est vrai : les pensées que j’écris, il n’y a bien qu’avec Vincent que je les partage. Cela dit je n’écris que sur ma vie professionnelle (c’est déjà très dense !), n’étant pas de nature à parler de ma vie privée.

Je vous vois trépigner d’impatience… Mais où a-t-il bien pu mettre ces écrits ? Pour être dans l’air du temps, j’aurais pu écrire cela sur Twitter, ou plus sagement sur un blog, mais il ne s’agissait pas d’outils adaptés à mon goût. Non, j’ai retenu les meilleurs outils qu’il soit pour cela : le carnet papier et un stylo. Je m’y plais à écrire mes pensées librement et raconter l’aventure Owlient au jour le jour, et même à vous interpeller ! Car j’ai l’intention que vous les lisiez, mais dans 5 ans ou 10 ans (je compte bien mener Owlient aussi longtemps), lorsque je les aurais publiées. Nul doute que ce sera à la fois amusant et intéressant à lire, avec le recul.

Voilà, ce blog n’est pas mort pour autant, je continuerai à y écrire sur les sujets qui me tiennent à coeur, comme le Web. Mais aux modernes Twitter et blogs, j’ai préféré l’ancien papier, même si l’idée reste la même : se mettre en scène et flatter son égo :)

Pourquoi Google avait deux Web d’avance

Mercredi 14 mars 2007

Google serait-il plus évolué et moderne que le Web 2.0 qui fait tant jaser ces derniers temps ? Bien que lancé en 1998 (so Web 1), je pense que oui, du moins en terme d’architecture. Les moteurs de recherche sont intégrés au sein du Web exactement comme j’imagine les applications 3.0 : le service proposé est complètement dissocié des données sur lesquelles il opère. C’est un point fondamental de l’architecture à mes yeux, et quand j’observe certains service Web récents, j’ai l’impression qu’il y a eu regression plus que progrès dans les architectures de certains services Web, aussi novateurs soient-ils.

Deux catégories d’applications illustrent parfaitement ce propos : les sites de rencontres et plus généralement ce qu’on appelle les réseaux sociaux. Je range dans cette catégorie les Meetic, Viadeo et autres LinkedIn. Ces services dits Web 2.0 sont en fait assez archaïques d’un point de vue de l’architecture dans le sens où le service proposé (les mises en relation, la recherche de personne) est complètement lié aux données sur lesquels ils opèrent (votre parcours scolaires et professionnel, vos goûts et passions, etc…), puisque les deux sont contrôlés par la société proposant le service. Outre le fait que c’est particulièrement pénible d’avoir à remplir plusieurs fois son profil (étant déjà inscrit à Viadeo, ma fainéantise a eu raison de LinkedIn quand on m’y a invité : j’ai rempli le strict minimum), cette architecture pose un vrai problème de contrôle de ses données personnelles.

Dans un Web tel que je l’imagine, ces services fonctionneraient de manière décentralisée. Viadeo ou LinkedIn peuvent proposer les même services non pas en stockant eux-même les données, mais en allant les chercher à la source. C’est à dire chez l’utilisateur, sur son site personnel, son “chez-soi” virtuel. Comment pourraient-ils procéder ainsi ? En analysant les fichiers RDF liés aux pages du blog ou sites de l’utilisateur, ou bien en recueillant les informations disseminées au fil des pages via des microformats.

En allant plus loin, on peut imaginer que l’utilisateur associera à son OpenId avec lequel il s’inscrira au service un ensemble de règles lui indiquant quelles données il peut recueillir et pour quels types d’usages (interne, partenaires, etc.). On disposera alors d’un mécanisme de négociation des données personnelles entre l’utilisateur et le service Web, ce qui me semble important à l’heure où une majorité de services dits gratuits se paient en fait avec ses données personnelles. Oui, on peut même rêver d’un Web éthique :)

Cette architecture requiert certes qu’une majorité des internautes disposent d’une blog ou site personnel qu’ils alimentent de leurs informations personnelles. Et encore avant, cela suppose que les internautes aient pris conscience de l’importance des données personnelles. En revanche, j’ai bien peur que les trois géants (Google, Yahoo!, Microsoft) aient pris une avance inconsidérable pour mettre en oeuvre cette architecture. Analyser le web pour proposer un service décentralisé nécessite en effet une puissance matérielle non négligeable. En tout cas, je n’ai jamais trouvé le slogan du W3C (Leading the Web to Its Full Potential) aussi pertinent : il y a encore énormément à faire !

À lire aussi au sujet d’OpenId et des réseaux sociaux décentralisés : Six cool things you can build with OpenId.

Note : Google est loin pour autant d’être un modèle en matière de contrôle de sa vie numérique. Pour peu que vous ayez un minimum d’activité sur le Web, une recherche sur votre nom et prénom (ce qui est presque devenu un réflexe quand on veut en savoir plus sur une personne) se transforme presque en CV qui en dit long sur vous. À la différence près qu’il est difficile d’en maîtriser le contenu, et on retombe sur les problématiques d’anonymat ou de droit à disparaître. Encore un autre sujet…

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