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Archive de février 2008

Une identité numérique bien réelle

Samedi 16 février 2008

Intéressante question que celle de l’identité numérique. Un atelier sur le sujet était organisé par la Fing, qui semble avoir suscité beaucoup d’interrogations.

On peut voir notre identité numérique de plusieurs manières différentes, notamment :

  • il peut s’agir de la somme de nos activités en ligne
  • on peut considérer que chaque compte d’une application constitue en soit une identité numérique
  • on peut définir une identité comme la somme des comptes d’application qui utilisent le même pseudonyme ou la même adresse e-mail

Je penche pour ma part plus vers cette dernière idée. À mes yeux j’associerai plus la notion d’identité numérique à ce que l’on veut représenter aux yeux des autres, qu’il s’agisse de renforcer un trait de notre identité réelle ou inventer une identité virtuelle. Si on reste sur la définition “somme des comptes partageant une identification commune (e-mail, pseudonyme)”, on est bien dans un souci de cohérence vis-à-vis de l’exterieur. Par ailleurs, cette définition semble plus logique dans le sens où il est rare qu’une seule et même application satisfasse l’ensemble de nos besoins en matière de représentation (j’utilise par exemple kiad.org pour produire du contenu, last.fm pour mes goûts musicaux, linkedin pour mon parcours professionnel, etc.).

On pourrait cependant imaginer une logique plus “individualiste” où une identité numérique serait la somme des comptes servant une même identité, qu’ils aient en commun ou non un pseudonyme ou un e-mail. Du coup, si une personne externe ne peut pas faire le lien entre ces différents comptes/pseudonymes/e-mails, on tourne la notion d’identité numérique vers soi, vers un objectif de représentation personnel et individuel. Ce n’est pas forcément une démarche volontaire cela dit. Réfléchissez-bien, je suis sûr que vous trouverez différents univers numériques auxquels vous participez sous une même identité, mais sans lien permettant à des participants vous connaissant dans un univers de vous découvrir dans un autre.

Question bonus transverse : peut-on imaginer qu’un même compte d’application serve la cause de deux identités différentes ? Ou bien la notion d’identité est trop forte pour être scindée comme ça ? Hum…

Pour terminer, et pour y voir beaucoup plus clair sur le sujet, Dominique Cardon a publié une typologie de l’identité numérique. Plus précisément, l’article décompose sur une carte les différents univers numériques, et dégage quatre conclusions concernant l’impact de la visibilité qu’on donne à notre identité, la perméabilité de nos réseaux selon les identités auxquels ils sont attachés et enfin le lien entre la visibilité qu’on accorde à notre identité sur les réseaux et d’une part la composition de ces réseaux, d’autre part la navigation sur ceux-ci. C’est un excellent travail, vraiment stimulant à lire.

Un exercice intéressant est de se pencher sur cette carte, d’y placer les univers numériques auxquels on participe, et de réfléchir sur la manière dont on y gère notre identité et nos réseaux. Cela dit, la première réflexion à chaud qui m’est venue à la suite de cette article porte sur la gestion de notre identité dans le monde réel, sans tenir compte des moyens de communications récent comme Internet et le Web. Dans quelle mesure gérons nous nos identités (renforcement de certains traits ou identités plus ou moins virtuels) en fonction de nos réseaux personnels (famille, travail, amis, association, etc…) ? C’est vraiment un sujet passionnant :)

My world is flat

Jeudi 7 février 2008

The World Is Flat

Hier j’ai (enfin) terminé le best-seller de Thomas Friedman, The World Is Flat. Friedman y aborde le phénomène de mondialisation sous tous ses angles : les évènements initiateurs, les forces en jeux, les technologies ayant concourrues à cet applatissement du monde, etc… Il y présente une mondialisation très positive, assez éloignée de la vision négative (américanisation, etc…) que l’on peut entendre ici et là en France. Ce ne sont pas malgré tout deux visions opposées, j’ai trouvé la démarche de Friedman plutôt claire, expliquant bien comment les craintes et attentes qu’on peut avoir en France et en Europe peuvent s’inscrire dans cette vision.

L’idée récurrente du livre est en fait celle de l’entrepreunariat. Je ne pense pas que ce soit un biais de ma part d’avoir vu cette notion comme sous-jacente dans la plupart des développements du livre. L’esprit d’entreprise aux yeux de Friedman apparait clairement comme libéré grâce à ce nouveau monde, et il le présente souvent aussi comme une solution à ses dérives ou conséquence potentiellement néfastes (métiers ou industrie qui disparaissent ou sont délocalisées, etc…). Son propos est plutôt bien résumé en conclusion : ce nouveau monde, plat, où tout le monde peut individuellement agir globalement, est l’opportunité pour tous d’entreprendre en mettant en oeuvre son imagination. C’est un monde où on ne peut plus rester isolé, où la concurrence n’est plus entre états, mais entre individus, et où la meilleure solution pour rester dans la course est d’entreprendre et de créer plus vite et mieux que les autres.

Le seul gros défaut du livre à mon sens est d’être écrit par un américain, pour des américains. Il n’est quasiment jamais fait mention de l’Europe ou de l’Amérique du Sud par exemple. La plupart du temps, les réflexions un peu plus poussées sur la manière de s’adapter à ce nouveau monde sont destinées aux américains. Friedman était pourtant bien plaçé pour savoir que son livre aurait une audience mondiale, et mieux tenir compte le point de vue des Européens aurait été le bienvenu.

Enfin, le livre regorge d’exemples tous aussi excitants les uns que les autres, qu’il s’agisse des problématiques de supply-chain chez Dell ou WallMart, que le développement impressionnant de l’IT en Inde en passant par les initiatives d’entrepreunariat global depuis le Moyen-Orient. Plutôt que d’en détailler ici, je tenais à présenter un service qui illustre bien le propos du livre. Il s’agit de Kiva.org, un service Web où vous pouvez faire des micro-prêts à destination d’entrepreneurs dans les pays en voie de développement. Assez facilement, vous pouvez prêter 25$ ou 50$ à une personne qui va pouvoir commencer un commerce ou un projet scolaire par exemple, et ça marche même trop bien ! Si comme moi ça vous semble aussi incroyable qu’excitant de pouvoir aider significativement le projet d’une personne à l’autre bout du monde en lui prêtant une somme assez modeste pour nous, foncez sur ce bouquin ! Bienvenue dans le Flat World :)

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