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Blog d'Olivier Issaly

Web vs Brevets logiciels

Dimanche midi j’ai eu l’occasion de manger à Paris avec Leanne Markus, la tutrice de mon stage à Auckland en Nouvelle-Zélande. Ce fut l’occasion de discuter sur sa companie qui produit un logiciel de gestion de ressources humaines assez innovant, et de lui raconter où j’en suis de mon côté avec Olient et Equideo (elle attend impatiemment la version anglaise…).

La discussion en est venu au brevet qu’elle a obtenu pour son application, applicable en Nouvelle-Zélande notamment, en m’expliquant que ce brevet courait pour 20 ans. Et on est donc venu à parler propriété intellectuelle… Leanne m’expliquait alors qu’il lui avait fallu 5 ans pour développer le logiciel, et ensuite trouver les clients à qui le vendre, puisqu’elle vise les grands comptes. Plusieurs grosses companies néozélandaises l’utilisent, mais plus récemment c’est surtout l’hôpital de Singapour qui est venu compléter les références, ouvrant les portes de l’Asie du Sud-Est. Pour elle, le brevet est nécessaire vu toutes ces années d’efforts avant de commencer à en récolter les fruits.

J’ai quand même réussi à lui faire reconnaître que 20 ans, même dans son cas, c’est trop long, et que peut être 10 suffisent. Car c’est bien là (avec l’étendu) le point le plus important du brevet : la durée d’application. Reprenons depuis le début.

Le rôle d’un brevet est de favoriser l’innovation. La finalité, c’est l’innovation. La durée d’application n’est qu’un moyen pour atteindre cette finalité. En accordant un monopole limité dans le temps, le brevet doit inciter la personne à exploiter son innovation. Limité dans le temps, pour la simple et bonne raison que toute idée nouvelle est toujours plus ou moins basée sur une idée déjà existante. Si le brevet est trop long, il nuit à l’innovation en empêchant d’autres innovateurs d’améliorer l’idée originale. Si il est trop court, le créateur n’aura pas assez d’assurance qu’il arrivera à vivre de son innovation avant d’être à la merci de concurrents. Toute l’efficacité d’un brevet pour favoriser l’innovation et l’intérêt général réside dans la juste mesure de sa durée.

Leanne me disait donc qu’on aurait tout intérêt à protéger notre concept de jeu en ligne. Ce que ne cesse de me répéter ma mère, qui a peur qu’on nous vole notre idée. Et ce à quoi je réponds : "mais nous aussi on a commençé en repiquant le concept à quelqu’un d’autres !". Le concept de jeu en ligne existait depuis longtemps, et nous avons repris celui du jeu d’élevage de chevaux. Nous l’avons considérablement amélioré, tant le jeu que le modèle économique, preuve en est la réussite d’Olient. Et si quelqu’un venait à faire mieux que nous, je considère que ce serait à nous de reprendre au mieux son amélioration, et de faire à nouveau mieux que lui. C’est le jeu, saine émulation.

Je ne peux pas dire objectivement qu’on aurait eu besoin d’un brevet sur 20 ans. D’autant plus que je ne considère pas vraiment un brevet trop long comme une aide pour l’entreprise, les ardents défenseurs d’une propriété intellectuelle très forte étant souvent ceux qui ont un intérêt à se reposer sur leur laurier et relacher l’effort…

Cependant, si la durée était suffisament courte, je pense qu’un brevet logiciel sur un concept pour le Web pourrait être utile pour inciter plus de monde à se lancer dans l’aventure. A mon avis, une durée de 6 mois à 1 an maximum pourrait être bénéfique pour les innovateurs qui seraient assurés qu’on leur laisse quelques mois pour faire leurs preuves. Ce n’est pas de trop pour lancer un site ou un service sur le Web. Mais le Web évolue tellement vite, trop vite pour accepter des verrous sur certains concepts pendant plusieurs mois. Ce qu’on gagnerait en initiatives d’un côté qui ne serait pas parues sans l’incentive d’un brevet, on le perdrait largement de l’autre : alors que chaque semaine apparait un nouveau service innovant sur le Web, cette durée serait probablement rallongée à quelques mois… Et si le Web était la preuve que le monde des idées n’a pas besoin d’une forte propriété intellectuelle ? Vraiment, je pense que c’est un précieux équilibre qu’il ne faut surtout pas bouleverser avec ce genre de mécanisme qui, si il s’avère efficace dans le monde réel (personne n’a remis cela en question), pourrait s’avérer dévastateur sur le Web.

Poursuivre l’innovation

Intéressante lecture que ce « Harvard Business Review on Innovation« . Ce livre est composé de huit des meilleurs articles publiés dans la revue de Harvard.

A chaque fois, l’objectif est le même : démystifier l’innovation, analyser où et comment on peut la rechercher et la provoquer. Quelques points intéressants à garder à l’esprit :

  • l’image du vieux savant fou au fond de son laboratoire est à oublier. De ma propre (petite) expérience, les meilleurs idées qui me sont venues à l’esprit vinrent à des moments informels, où je n’y réfléchissais pas forcément.
  • le contexte est lui aussi très important. Il faut veiller à limiter au maximum les barrières à la prise d’initiative, et créer un contexte favorable pour que ces initiatives trouvent un echo et ne restent pas isolées
  • enfin, probablement un des points les plus important : une innovation est très souvent une innovation en terme de modèle économique. Le positionnement des produits est très important (notamment sur l’expérience de l’utilisateur dans le cycle de vie du produit et ses critères d’utilisation). A ce titre, l’exemple frappant est celui de StarBucks transformant un produit banal – le café sur lequel reignait une guerre des prix – en un produit émotionnel (avec de meilleures marges), une expérience à vivre, à travers ses cafés haut de gamme et salles où l’on vient passer un bon moment.

Ce fut l’occasion aussi de relire un article écrit par Clayton M. Christansen (que j’avais évoqué ici dans un billet) sur les innovations « disruptives » et le challenge qu’elles représentent pour une entreprise. Je ne cesse de garde à l’esprit sa vision sur les valeurs et les processus d’une enteprise. Lorsqu’une entreprise dispose d’une forte culture à travers ses valeurs et ses processus en place, Christansen explique que les capacités de cette entreprise définissent aussi ses incapacités, notamment celles de réagir face à une innovation « disruptive ». Même avec d’importantes ressources (financières et humaines), changer la culture, et donc les valeurs et processus d’une enteprise est extrêment difficile. Son livre The Innovators Dilemma est un must-read !

Je réalise, alors que nous commençons à structurer notre entreprise, à quel point les valeurs et les processus que nous allons mettre en place vont s’avérer cruciaux pour l’avenir (ce qui définit les capacités d’une entreprise définit aussi ses incapacités !).

The Harvard Business Review on Innovation est donc une très bonne lecture pour ceux qui cherchent à comprendre les mécanismes favorisant l’innovation. Vivement conseillé aux entrepreneurs ayant soif d’innovation. Ou à ceux enfermés sur des marchés où reignent une vive concurrence, et qui souhaitent trouver des opportunités pour explorer de nouveaux espaces.

Testez !

Alors qu’on commence le développement d’un nouveau jeu en ligne, j’ai décidé de reprendre les bonnes habitudes : on fait des tests unitaires ! Et pas après avoir codé, avant !

Si il y a un truc que j’ai retenu de mon expérience du Test Driven Development, c’est qu’il faut jamais arrêter. C’est dur de s’y remettre après, voir impossible sur un même projet. Sur Equideo, pris par le temps on avait décidé de ne pas en faire, et je pense qu’il y en aura jamais maintenant.

L’argument du temps revient souvent… En fait je me rend compte qu’il est surement moins important que ce qu’on pense. Les tests, au début on a l’impression que ça va nous prendre deux fois plus de temps (écrire le code, et les tests qui vont avec). Ce qui est pas loin d’être faux. Mais si on y regarde bien, de toute manière on est très souvent obligé de passer du temps à tester, de manière informel. Qui plus est, quand on accumule les fonctionnalités, il faut retester les anciens codes, vérifier qu’on a rien cassé. Avec une batterie de tests unitaires, on vérifie très simplement que tout fonctionne.

Vient le temps de la mise en production. Et c’est là qu’on apprécie le plus les tests unitaires : à chaque modification, vous pouvez vous assurer tout aussi aisément que vous n’avez rien cassé ailleurs. Au final, entre le temps gagné à ne pas tester en bricolant de manière informel, et vu le gain en confiance lors de changement sur le site en production, je pense qu’on a largement regagné le surplus d’effort initial.

Le jeu qu’on prépare se prête assez bien aux tests unitaires, donc le choix est vite vu, je pense pas que je le regretterai.

Pour ceux que ça intéresse, j’avais écrit un petit papier sur les tests unitaires.

« C’est pour Syd, évidemment »

Affiche Dark Side Of The Moon

Ce 14 juillet 2006 sera surement un de ceux dont je me souviendrais le plus. Hier soir, j’étais sur le circuit de Magny-Cours pour assister au concert de Roger Waters et Nick Mason (resp. ex-bassiste et ex-batteur des Pink Floyd) rejouer tout The Dark Side Of The Moon et plusieurs titres de The Wall et Wish You Were Here.

Un des moments forts aura été Shine On You Crazy Diamond, à l’époque écrite pour Syd Barrett, fondateur du groupe qui avait ensuite sombré dans la drogue, et qui est mort en début de semaine.

Énorme concert, avec un Roger Waters très en forme malgré l’age et un guitariste qui s’en sort plutôt bien en remplacant de Gilmour. Le public était très varié et avec pas mal de jeunes. C’est surement à ça qu’on reconnait un grand groupe : ma génération n’aura pas connu la grande époque de Pink Floyd, et pourtant…

Un grand moment, beaucoup de frissons à entendre et voir jouer ces titres que j’ai écouté et réécouté de nombreuses fois. Ça fait du bien !

Rendre un service

Voilà un article très pertinent sur lequel je suis tombé : Pourquoi les chefs de produit ne comprennent-ils rien à Internet ? On retiendra que le contenu prime avant tout. Ce qui au fond n’a rien de nouveau, quiconque a été amené à gérer un site axé sur le contenu aura compris que c’est une clef pour réussir. Mais j’avais surtout gardé en tête à travers quelques expériences de sites à contenu que le but était de faire revenir le visiteur, en apportant toujours plus de contenu pour qu’il n’ait toujours pas fini de tout lire ou regarder.

Cet article éclaire une autre fonction du contenu (qu’il s’agisse de texte, image ou vidéo) : rendre un service à l’internaute. En rappelant que le Web est un média où l’internaute est actif contrairement à la télévision ou la radio, il explique que l’internaute ne vient pas par hasard sur un site. Il est là parcequ’il cherche quelques choses, qu’il a une ou plusieurs questions et qu’il cherche des réponses, ou tout simplement qu’il est à la recherche de nouveaux contenus. Mais dans sa démarche active, il est rare que l’internaute soit à la recherche de pub, et ils l’évitent autant que possible, là où un téléspéctateur est s’est résigné avec le temps à la regarder. D’où l’explication sur l’incapacité des chefs de produits formés pour les médias classiques à exploiter le Web, à trop vouloir y appliquer les bonnes méthodes de médias "passifs" qui s’avèrent inefficaces sur un média "actif". Cette démarche du contenu comme premier pas dans la promotion d’un produit me fait penser à la démarche de Nexen Services avec Nexen.net ou de Globalis avec PHPIndex.com qui apportent un vrai service à l’internaute avec leurs sites d’information ou d’aides autour de PHP. Je sais pas si la démarche est volontaire, mais ça a sûrement de l’effet, ne serait-ce qu’en terme d’image.

L’article ici nous éclaire sur ce point à travers la question du marketing, mais je pense que garder à l’esprit l’idée du contenu comme un service à l’internaute est important, même si vous n’êtes pas là pour vendre un produit ou vivre de la publicité.

Blog d'Olivier Issaly & Thème basé sur Lovecraft
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